Seisme en Haiti - Tribune de Bernard Kouchner dans "The Washington Post"

SEISME EN HAITI

TRIBUNE DU MINISTRE
DES AFFAIRES ETRANGERES ET EUROPEENNES,
BERNARD KOUCHNER,
DANS LE QUOTIDIEN AMERICAIN "THE WASHINGTON POST"
(Paris, 16 janvier 2010)

Haïti : construire un nouvel avenir


Une épouvantable tragédie a encore frappé Haïti. Une de plus pour ce pays fracassé par les fatalités et les malheurs mais qui s’obstine, chaque fois, à les combattre avec la foi du désespoir. Haïti n’est pas seule. La communauté internationale a lancé une mobilisation majeure et les Etats-Unis et La France - plus que tout autre unie à elle par des liens fraternels qui dépassent l’histoire et la langue - prennent une part majeure à ce mouvement de solidarité. Cette catastrophe, la plus terrible que Haïti ait subi, oblige la France et ses partenaires à tout faire pour redonner à ce pays force et vigueur, à le reconstruire.


Car, malgré la misère, les difficultés, les errements politiques, Haïti a tout pour réussir enfin sa mue et devenir une terre d’avenir. Je me suis rendu en Haïti en septembre dernier. Je me souviens des entretiens que j’ai eus avec mon ami Hedi Annabi, le responsable de la Mission de l’ONU, décédé mardi à Port-au-Prince, et avec le président haïtien, René Préval, concernant l’avenir de ce pays. Cette semaine, j’ai travaillé en étroite collaboration avec la secrétaire d’Etat Hillary Rodham Clinton. Avec les Nations unies et les organisations internationales, avec l’Union européenne et tous nos partenaires de solidarité, au premier rang desquels les Etats-Unis, avec surtout une population aujourd’hui abasourdie mais décidée à vivre, nous nous mobilisons pour aider Haïti à renaître. C’est quand tout est à terre que tout redevient possible. Le moment est terrible, mais il faut le saisir. Avec obstination et sans peur, comme une main tendue vers l’espoir.


Aujourd’hui, toutes les énergies sont mobilisées pour sauver ceux qui peuvent l’être et porter secours aux populations. Mais il n’est pas trop tôt pour penser à la reconstruction. Une reconstruction durable, matérielle et politique qui conjurera les démons et les calamités du passé. La communauté internationale est déterminée, tout comme la France, à aider, le temps qu’il faudra, les Haïtiens à rebâtir leur pays et à les convaincre non par des mots, mais par des actes, qu’ils ont un avenir et que cet avenir est entre leurs mains.


La France propose qu’avec les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, l’Union européenne et tous ceux qui nous rejoindront, une conférence à la hauteur de l’enjeu soit convoquée pour la reconstruction et le développement d’Haïti. Une réunion qui sera le point de départ du renouveau.


Dans le respect total de la souveraineté haïtienne, cette conférence s’appuiera sur l’évaluation des dommages fournie par les autorités haïtiennes et l’ONU. Dans les prochaines semaines, elle se fondera sur une analyse des besoins à long terme du pays pour lui proposer un ambitieux programme de reconstruction. Non seulement pour les logements et les infrastructures mais aussi pour les institutions, les relations avec la communauté internationale, la coopération régionale. J’estime nécessaire d’y associer les organisations non gouvernementales, La diaspora haïtienne et les entreprises puisque nous sommes appelés à travailler tous ensemble sur ce chantier.


L’extraordinaire élan de générosité des peuples et des gouvernements que la souffrance des Haïtiens a imposé ne doit pas s’arrêter à l’humanitaire d’urgence. Notre responsabilité commune est d’aller au-delà. De nous engager, auprès du peuple haïtien, sur la voie d’un avenir fondateur./.

Dernière modification : 22/01/2010

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