Allocution du Président de la République en hommage aux victimes des attentats de Toulouse et Montauban

Extraits - Montauban (Tarn-et-Garonne) — Mercredi 21 mars 2012

Monsieur le Premier ministre,

Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Messieurs les officiers généraux,

Messieurs les officiers, sous-officiers et soldats,

La mission de nos soldats, c’est de défendre la France, ses habitants, son sol, son indépendance.

La mission de nos soldats, c’est de défendre la République, ses droits, ses valeurs, sa liberté.

La mission de nos soldats, c’est de défendre le droit des gens partout dans le monde lorsque la France en reçoit le mandat international.

La mission de nos soldats, c’est de nous protéger et de faire le bien partout où leur mission est de le faire.

Un soldat français sait qu’il peut mourir pour la France.

Un soldat français sait qu’il peut mourir pour que vivent les valeurs de la France.

Un soldat français connaît le sens du mot « sacrifice », car il connaît le sens du mot « devoir ».

Un soldat français connaît la mort et sait la regarder en face. Le 11 mars 2012, à 16h30, un homme est abattu froidement sur un parking. C’était un soldat.

Le 15 mars 2012, le tueur, nous savons maintenant que c’est le même, a pris pour cible trois de nos soldats en uniforme. C’était à quelques pas d’ici.

La mort que nos hommes ont rencontrée n’était pas celle à laquelle ils étaient préparés. Ce n’était pas la mort des champs de bataille, mais une exécution terroriste.

Le premier a été tué sur le coup.

Le second qui n’était que blessé a tenté de se mettre à l’abri. Le tueur est descendu de son scooter pour l’achever.

A l’heure où je vous parle, le troisième se bat toujours, contre la mort. Nous savons aujourd’hui que c’étaient bien des soldats que l’assassin voulait tuer.

Ils ont été abattus parce qu’ils étaient des soldats français, ils ont été abattus car ils étaient l’armée française.

C’est bien l’armée française que le tueur a visée et c’est la République française qui a été touchée.

La cible, c’était l’armée de la République, cette armée dont les soldats, quelle que soit leur origine, la couleur de leur peau ou la confession, portent le même uniforme, servent le même drapeau et sont prêts à mourir pour un même pays, la France.

C’est ici, au cœur de cette armée, de notre armée, que se forge cet alliage républicain qui ne cède jamais quelle que soit la violence des coups qui lui sont portés. C’est la force de cet alliage que le tueur à voulu éprouver.

A cette armée, je veux ici rendre hommage.

La Brigade Parachutiste vient d’être touchée à travers le 17ème régiment de Génie Parachutiste et le 1er régiment du Train Parachutiste qui ont déjà payé un lourd tribut en perdant au combat ces dernières années plus de quarante soldats.

La Nation française leur doit beaucoup.

Aujourd’hui, ces régiments ont non seulement droit au respect de la Nation, mais ils ont le droit à sa justice.

A ces hommes qui sont tombés sous le feu d’un tueur, je veux rendre ici l’hommage qu’ils méritent.

Je suis venu m’incliner devant le cercueil de ces soldats assassinés. Je suis venu dire à leurs familles, à leurs proches, à leurs frères d’armes, le soutien et l’hommage de la Nation.

Soldats ! Aujourd’hui, c’est toute la Nation française qui est à vos côtés.

Après avoir tué nos soldats, le tueur a poursuivi son chemin implacable et meurtrier.

Lundi matin, il a porté l’horreur à son comble en assassinant sauvagement trois enfants - aucun n’avait plus de dix ans — et en assassinant un professeur qui s’apprêtait à entrer en classe dans l’école OZAR-HATORAH de Toulouse. C’était le lundi 19 mars. Des familles sont décimées à jamais.

Je veux dire ici solennellement que si des communautés ont été prises pour cibles, à Montauban comme à Toulouse, ce sont des enfants, des soldats, des Français qui ont été assassinés.

Ces soldats étaient nos soldats.

Ces enfants sont nos enfants.

La police, la gendarmerie, la justice, grâce à leur travail et à leur mobilisation, sont parvenues à identifier le tueur présumé, qui à l’heure où je vous parle est encerclé par les forces de l’ordre. Cet homme voulait mettre la République à genoux.

La République n’a pas cédé.

La République n’a pas reculé, La République n’a pas faibli.

La République a fait son devoir et sa justice demain fera le sien. Ces crimes ne demeureront pas impunis.

Je veux dire ici, devant nos troupes rassemblées, que nous avons un autre devoir à l’égard de ces soldats, de ces hommes, de ces enfants si lâchement assassinés. Un devoir impérieux.

Ce devoir, c’est l’unité nationale.

Face à la froide sauvagerie d’un homme capable de descendre de son scooter pour venir achever ses victimes, qu’il s’agisse d’une petite fille ou d’un soldat, la France rassemblée a donné ces derniers jours une magnifique image de dignité.

Cet homme, ce tueur, n’est pas parvenu à fracturer notre communauté nationale.

La France a été plus forte que celui qui semait la mort et la douleur sur son passage, car, au milieu de cette tragédie, devant ces images qui nous révulsent, les Français ont pour eux leur dignité et leur conscience. Aujourd’hui, cette dignité et cette conscience sont collectives.

Je l’ai dit ce matin en m’adressant à la Nation. Nous devons rester rassemblés, nous ne devons en aucun cas céder à l’amalgame. Et en aucun cas céder à la vengeance. Face à de tels événements, la France ne peut être grande que dans l’unité.

Nous le devons à la mémoire des hommes dont je viens de citer le nom. Nous le devons à trois enfants assassinés.

Nous le devons à toutes les victimes. Nous le devons à notre pays.

Vive la République et vive la France.

Dernière modification : 22/03/2012

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